Rives intérieures : une échapée des rêves

Voici maintenant quatre ans que la compagnie du Rêvoir s’est engagée dans un
méticuleux travail de collecte de rêves, ceux du sommeil, auprès d’un large public :
habitants du quartier des Mazades à Toulouse, rêveurs du musée des Augustins,
promeneurs du moulin de Roques sur Garonne, enfants d’Empalot, citoyens Venerquois, Cugnalais et dernièrement patients de l’hôpital Larrey de Rangueil.
Au fil du temps s’est constituée une constellation de matières oniriques. Une somme
de textes incongrus permettant de tracer une cartographie, tout à fait incomplète,
de l’inconscient des habitants de la région toulousaine.
Il s’agit maintenant de libérer ces rêves, de faire en sorte qu’ils puissent émerger
à la surface du réel, qu’ils accèdent à une vie propre dans l’espace paradoxal de la
scène.

Ces expériences nocturnes se produisant dans nos no man’s land intimes, dans
ces espaces vides peuplés de nos toutes bizarreries humaines, sont à la fois
profondément banales, dans la mesure où nous rejouons à l’infini les situations
de notre vie sociale quotidienne, et totalement libre ; l’apesanteur et la mort
étant absolument réversible.
Le Rêve comme matière littéraire n’est donc pas juste une fuite de notre
monde, mais son expression paradoxale et donc une manière propre à chacun
de restituer la réalité.
Des lignes de force se font sentir, des images récurrentes émergent : les maisons
d’enfance, oppressantes, énigmatiques, porteuses de nos secrets, nos envolées
dans les cieux, nos retrouvailles avec les personnes aimées et disparues.
Ouvrir cet espace clos et infini, à la fois en dedans et en dehors du réel.
C’est également l’endroit où se produisent des miracles, des messages, des
présages, autant de signes fragiles émit de l’autre bord de ce fleuve aux eaux
lourdes qu’est le sommeil, et qui pourtant chemine jusqu’à notre vie quotidienne,
laissant une trace, plus ou moins profonde, allant de la sensation fugace à la
révélation pouvant modifier durablement notre rapport au réel.
Le rêve et le théâtre nous semblent avancer sur des chemins parallèles.
Lieux paradoxaux, la scène de théâtre et le théâtre de nos rêves sont tout à la
fois réels et irréels.
Espaces communs à tous les hommes, ils sont le miroir dans lequel se reflète
toute la beauté et l’absurdité des humains, leurs failles, leurs échecs, mais aussi
lieu de toutes les fulgurances de toutes les audaces.
Ils demeurent des espaces de libertés absolues dans lesquelles peuvent s’abriter
encore nos plus effroyables monstres comme nos anges les plus bienveillants.

Projet porté par Rachel Da silva

Dossier du spectacle